Robyn Owen et Amy Burnett
décembre 2025
Un rapport publié aujourd'hui par des chercheurs du CUSP du Centre de recherche sur les entreprises et le développement économique de l'Université de Middlesex explore le rôle des petites entreprises innovantes pour combler le déficit de financement de 700 milliards de livres sterling en matière de biodiversité au Royaume-Uni.
La recherche, financée par le NERC et Innovate UK, examine un défi de taille : alors que 99,9 % des entreprises britanniques sont des PME, elles sont systématiquement exclues des marchés financiers favorables à la nature, bien qu'elles soient d'importants innovateurs dans les technologies de mesure et de restauration de l'environnement.
L'étude distingue deux catégories distinctes de PME nécessitant un soutien financier fondamentalement différent. Les start-up innovatrices développant des technologies de mesure de la biodiversité – des tests d’ADNe à la surveillance acoustique – ont besoin d’un investissement patient en capital pour surmonter la période coûteuse entre la conception et la commercialisation. Les PME établies ont besoin d’outils de financement et de mesure accessibles pour mettre en œuvre des pratiques environnementales, mais se heurtent à des obstacles tels que le manque de connaissances, les contraintes de capacité et l’incertitude quant aux retours financiers sur les investissements verts.
Relever le défi de la mesure
Une conclusion essentielle répond à une question qui préoccupe les investisseurs et les décideurs politiques : comment mesurer de manière fiable les impacts positifs sur la nature pour permettre des décisions d'investissement ?
S'appuyant sur 88 entretiens avec des parties prenantes de l'écosystème d'innovation verte du Royaume-Uni, dont 10 études de cas détaillées de start-ups de services écologiques, la recherche révèle que même si les indicateurs climatiques (réduction des émissions de carbone) sont bien établis, ce succès a créé ce que certains répondants ont appelé une « vision du tunnel du carbone ». La mesure de la biodiversité reste fragmentée malgré des cadres tels que le TNFD et l'introduction d'exigences de gain net de biodiversité.
La recherche documente comment des PME innovantes développent des technologies eDNA qui vont au-delà des indicateurs d’habitat pour mesurer la présence et l’abondance réelles des espèces. Cependant, ces solutions restent coûteuses pour les secteurs aux marges serrées, en particulier l’agriculture, où l’abordabilité constitue un obstacle important à l’adoption.
Facteurs de développement du marché
La recherche identifie deux moteurs de changement puissants mais mal coordonnés. La pression réglementaire découle des exigences de déclaration obligatoire qui affectent les grandes entreprises et les institutions financières, créant des exigences en matière de chaîne d'approvisionnement qui finissent par atteindre les PME. Simultanément, les investisseurs à impact vert (business angels, sociétés de capital-risque, accélérateurs) motivés à la fois par les rendements financiers et par les engagements environnementaux financent des technologies qui permettent les mesures exigées par les grands investisseurs.
Les faits suggèrent que ces deux forces opèrent dans un isolement relatif, créant un mécanisme de financement fragmenté qui peine à soutenir les entreprises tout au long de leurs étapes de développement. Cette fragmentation est aggravée par ce que la recherche appelle le « paradoxe de l’exhaustivité » : même si les cadres politiques atteignent une couverture globale aux niveaux macro, ils créent des lacunes importantes dans le soutien à la mise en œuvre des PME.
Constatations et recommandations
Le rapport se termine par sept recommandations fondées sur des données probantes. Il s’agit notamment de rapports environnementaux obligatoires pour tous les programmes de financement public afin d’aligner l’indexation financière, d’investissements R&D ciblés sur les technologies de mesure de la biodiversité accessibles et de programmes pilotes subventionnés pour tester les innovations en matière de mesure dans tous les secteurs.
La recherche recommande également un soutien holistique au capital-risque reliant des services complémentaires tout au long des étapes de développement, une feuille de route transparente pour le financement de l'innovation verte coordonnant les agences gouvernementales, des dispositions améliorées en matière de programmes d'investissement dans les entreprises avec des horizons plus longs et un financement ciblé des autorités locales pour établir des pôles de soutien à l'innovation verte.
L’étude arrive à un moment notable d’incertitude politique, du retard dans la mise en œuvre du gain net de biodiversité au retrait des promesses d’investissement environnemental. Il démontre que même si l’innovation verte des PME britanniques s’est considérablement développée depuis la COP26, des obstacles systématiques persistent. Les données suggèrent que les premiers innovateurs en matière de services écologiques développent les mesures scientifiques dont les marchés financiers ont besoin, mais peinent à obtenir le capital patient nécessaire au développement du matériel et à la validation du marché.
Comme l’observe le rapport, nous ne pouvons pas proposer une solution globale unique pour la mesure de la nature comme nous l’avons fait pour le carbone, mais des progrès progressifs dans plusieurs approches de mesure peuvent offrir une voie à suivre viable. La question reste de savoir si les politiques et les finances s’aligneront suffisamment pour soutenir ces innovations dans l’élaboration de solutions globales.
Le rapport complet, les études de cas et les annexes techniques sont disponibles sur www.cusp.ac.uk/SME-Finbio
Cette recherche a été menée dans le cadre du programme NERC et Innovate UK Integrated Finance and Biodiversity (IFB), examinant comment mobiliser les investissements pour répondre à la contribution du Royaume-Uni aux défis environnementaux mondiaux.
Le rapport complet est disponible en téléchargement en pdf. Si vous rencontrez des difficultés pour accéder au rapport, veuillez nous contacter : info@cusp.ac.uk.
Citation
Owen R et A Burnett 2025. Rapport sur le financement de l'innovation positive pour la nature dans les PME : Financement de l'innovation positive pour la nature à un stade précoce au Royaume-Uni. Londres : Université de Middlesex.
