Le choc de l’offre touche l’Inde

Le choc de l’offre touche l’Inde

Deux mois après le début de la guerre entre les États-Unis et l’Iran, l’Inde subit un choc d’offre externe classique qui déprime la croissance et élève l’inflation.

L’Inde aborde l’exercice 27 avec des avantages économiques structurels exceptionnels : une croissance de 7,6 % de son économie, des droits de douane américains réduits, une solide base d’exportation de services de 418 milliards de dollars et des réserves de change saines, suffisantes pour couvrir 11 mois d’importations.

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Mais le choc pétrolier a atteint un point qui a historiquement submergé les économies de marché émergentes.

Nous décrivons à quoi s’attendre dans les 90 prochains jours :

Premièrement, l’inflation est le principal risque macroéconomique, et non la croissance. Nous prévoyons que l'indice des prix à la consommation en Inde pour avril dépassera 4 %. Si l'IPC de mai continue d'augmenter vers 4,5 % ou 5 %, la banque centrale indienne devra décider si une hausse des taux est nécessaire pour contenir l'inflation.

Nous attribuons une probabilité de 30 % à une hausse de 25 points de base lors de la réunion de juin du comité de politique monétaire de la banque centrale, et une probabilité de 70 % qu'elle maintienne son taux directeur stable avec un discours belliciste. Une hausse des taux dans cet environnement, bien que douloureuse pour la croissance, serait la bonne décision : elle défendrait la roupie, ancrerait les attentes et signalerait la crédibilité institutionnelle.

Deuxièmement, la roupie n’est pas en crise, mais elle est structurellement faible. Le taux de change lundi était au plus bas historique de 95,35 roupies pour un dollar. En outre, l'économie indienne est confrontée à un effondrement des flux d'investissements directs étrangers, à des sorties structurelles d'investissements de portefeuille étrangers et à une facture d'importations qui augmente plus rapidement que les recettes d'exportation.

La Reserve Bank of India ne devrait pas utiliser ses réserves au taux observé en février et mars pour défendre un niveau insoutenable. Nous pensons que 93 à 96 roupies par dollar constituent la nouvelle fourchette de négociation réaliste.

Un retour à 90 nécessite soit une baisse soutenue du prix du pétrole, soit une inversion des sorties d’investissements de portefeuille étrangers, ce qui ne semble pas imminent.

Troisièmement, la situation budgétaire du gouvernement est plus tendue que ne le suggère le déficit global. La réduction des droits d’accise, le fardeau supplémentaire des subventions et l’augmentation des emprunts indiquent tous une pression à la hausse sur le déficit budgétaire.

Si le brut Brent, la référence mondiale, reste au-dessus de 100 dollars le baril, nous estimons que le déficit budgétaire pourrait dériver de 40 à 60 points de base au-dessus de l'objectif de 4,3 % du PIB sans mesure corrective.

Le gouvernement dispose d’une marge de manœuvre limitée pour réagir, car son économie politique après les élections au Bengale occidental et le conflit en cours limitent une consolidation budgétaire audacieuse.

Quatrièmement, la croissance à moyen terme de l'Inde reste intacte. Les moteurs structurels de l’économie indienne – la démographie, l’économie numérique, les investissements dans l’industrie manufacturière et les infrastructures – sont réels.

La réduction des droits de douane américains de 50 % à 18 % représente un véritable vent favorable pour les exportateurs indiens, représentant 0,3 % à 0,5 % du PIB par an. Le projet de gazéification du charbon, s'il est exécuté, réduira la vulnérabilité énergétique structurelle de l'Inde à partir de 2029.

L'accélération de la consommation privée, à 7,7 %, reflète une véritable amélioration des bilans des ménages et de la disponibilité du crédit.

Selon notre scénario de référence, nous prévoyons une croissance de 6,5 à 6,8 % pour le prochain exercice financier – en dessous des prévisions de 6,9 ​​% de la Banque de réserve de l'Inde et au-dessus des 6,5 % du Fonds monétaire international – la marge s'élargissant sensiblement en fonction de la durée de la guerre. Le scénario pessimiste (guerre prolongée, brut Brent au-dessus de 110 dollars au troisième trimestre) prévoit une croissance de 5,8 % à 6,2 % pour le prochain exercice financier.

Les plats à emporter

L'Inde dispose de fondamentaux solides : une croissance de 7,6 % l'an dernier, une large base d'exportation de services et des réserves de change adéquates. Le problème est qu’un choc pétrolier prolongé exerce une pression sur les trois variables les plus importantes à l’heure actuelle : l’inflation, la roupie et le déficit budgétaire.

La Banque de réserve de l'Inde maintiendra probablement ses taux stables en juin, mais si l'inflation continue d'augmenter alors que les prix du pétrole restent élevés, une hausse deviendra difficile à éviter.

La roupie ne bénéficie d’aucun soutien évident à court terme, les IDE sont en baisse, les sorties de FPI sont persistantes et la facture des importations augmente. En ce qui concerne la croissance, un taux de 6,5 à 6,8 % pour le prochain exercice budgétaire reste une estimation raisonnable, mais l’éventail des résultats est large et dépend presque entièrement de la durée du conflit.

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