Ce blog présente Une nouvelle grammaire économique des zones intérieuresle premier document de travail de la Londa School of Economics, qui repense l'économie des zones rurales et marginalisées au-delà des centres financiers mondiaux. Il présente une vision basée sur les soins, la prospérité partagée et la régénération écologique en réponse au dérèglement climatique et aux inégalités.
Blog de Dario Leoni
Et si l’avenir de l’économie ne venait pas des grands centres financiers du monde, mais de lieux souvent qualifiés de « périphériques » ? Et si les réponses les plus convaincantes aux crises actuelles – dégradation du climat, inégalités, affaiblissement des valeurs démocratiques et fragmentation sociale – n’étaient pas élaborées à Londres, mais à Londa, une ville rurale au milieu des Apennins toscans ?
C'est la provocation qui est au cœur de Une nouvelle grammaire économique des zones intérieuresle premier document de travail du École d'économie de Londa. L’article est à la fois un manifeste intellectuel et une invitation ouverte : repenser l’économie de fond en comble, en partant de lieux qui ont historiquement subi un processus difficile de marginalisation économique, mais qui sont pourtant riches en capital social, écologique et culturel.
Pourquoi la Londa School of Economics ? En 2008, la reine Elizabeth II a demandé aux économistes de la London School of Economics pourquoi ils n’avaient pas prévu la crise financière qui se déroulait alors. En 2009, un groupe d'éminents économistes et commentateurs britanniques ont écrit une lettre répondant à la question de la Reine de 2008, reconnaissant que de nombreux experts n'avaient en effet pas réussi à prédire le moment et la gravité de la crise. Selon eux, cela était dû (entre autres raisons) à l’incapacité des experts financiers et économiques à avoir une vue d’ensemble. Plus d’une décennie plus tard, malgré de nouveaux cours sur la durabilité et la finance verte, les milieux économiques traditionnels commettent toujours la même erreur, ne parvenant pas à saisir les causes profondes et systémiques de la crise écologique, ni son interconnexion avec les autres crises énumérées ci-dessus.
En réponse à cet échec systémique, LAMA – une coopérative sociale italienne qui travaille sur des projets de développement durable depuis 20 ans – a développé un réseau d’institutions publiques et privées, de praticiens et d’universitaires pour imaginer une nouvelle école d’économie, située en dehors des centres du capitalisme mondial, qui pourrait enfin produire des réponses plus satisfaisantes. L'Église vaudoise a généreusement financé cette initiative. La petite ville de Londa offrait le point de départ idéal. Situé dans un territoire rural et montagneux, il est le symbole des nombreuses « zones intérieures » de l'Italie et du reste du monde. Ces lieux sont marqués par le dépeuplement, la fragilité des services et la marginalisation économique, mais aussi par la résilience, l'expérimentation et l'innovation. L'intuition de l'École est que ces domaines ne doivent pas être considérés comme des vestiges du développement, mais comme des laboratoires pour de nouveaux imaginaires économiques. Son objectif est de renforcer la vitalité et la dignité des communautés toscanes des Apennins.

La vision de l'École est pleinement articulée dans le document de travail et il est fortement aligné sur la vision de CUSP. Le point de départ est le rejet fondamental de la fausse équivalence entre progrès humain et croissance économique sans fin. L’expansion continue de l’économie ne garantit plus le bien-être et, dans de nombreux cas, le mine activement. Inspiré par les travaux de nombreux économistes écologiques radicaux, l’article préconise le passage d’une économie obsédée par l’accumulation à une économie orientée vers la prospérité, la suffisance et le soin partagés. Au cœur du document de travail se trouve la proposition de cinq principes directeurs pour une nouvelle grammaire économique :
- L'économie est la prospérité – pas seulement le profit, mais le bien-être collectif à long terme.
- Ensemble c'est mieux – la coopération, les biens communs et les valeurs partagées plutôt que la concurrence et l’isolement.
- La santé est le bien-être – reconnaître les liens profonds entre la santé humaine, sociale et écosystémique.
- La Terre est commune – aller au-delà de l’extraction environnementale vers la régénération et la gestion partagée.
- Gouverner est une responsabilité partagée – développer des institutions qui favorisent la confiance, la responsabilité et l’inclusion.
Ces principes ne sont pas des idéaux abstraits. Le document les fonde sur des valeurs, des pratiques du monde réel et des orientations politiques – de la finance éthique et de la propriété coopérative aux transitions agroécologiques, aux communautés énergétiques et aux nouvelles formes d’administration partagée.
Ce premier document de travail est le fruit d'un effort collectif du comité scientifique et des conseillers de l'École, s'appuyant sur des domaines de recherche et des expertises diversifiés. J'ai le plaisir de faire partie du comité et j'ai eu l'occasion de contribuer à la section économique du document, en les alignant sur les valeurs de CUSP. Cependant, comme Une nouvelle grammaire économique des zones intérieures est la base sur laquelle les cours de l'École sont modélisés et conçus, nous voulons le rendre aussi inclusif et participatif que possible. Nous l'avons donc explicitement conçu comme un document vivant. Le document est ouvert à la discussion, à la critique et à la contribution des universitaires, des praticiens, des étudiants, des militants, des décideurs politiques et de tous ceux qui souhaitent réinventer l'économie. Nous vous invitons à lisez le document de travail ou les sections correspondant à votre intérêt et/ou expertise, partagez vos réflexions et apportez des idées, des cas et des perspectives. Utilisez les commentaires pour interagir avec les arguments, remettre en question les hypothèses ou proposer des ajouts. Une nouvelle grammaire économique ne peut émerger que par le dialogue, et nous voulons entendre votre voix.
