Biden a-t-il réussi avec Poutine ? Revenez dans six mois

Le président américain Joe Biden et le président russe Vladimir Poutine ont tenu hier en Suisse un bref sommet que les deux parties ont qualifié de substantiel, efficace et sans rancune. La réunion a-t-elle fait avancer l’objectif de Biden de construire une relation américano-russe stable et prévisible ? La réponse courte : trop tôt pour le dire.

La réunion a eu lieu à un moment où les relations américano-russes sont au plus bas depuis 30 ans. Contrairement à ses quatre prédécesseurs, Biden n’est pas entré en fonction dans le but de nouer des relations positives avec la Russie. Stable et prévisible sont les mots d’ordre de son administration. La Maison Blanche a donc cherché à maintenir les attentes du sommet modestes.

En fait, l’atmosphère de la villa au bord du lac de Genève semblait encourageante. Lorsqu’il rencontre des dirigeants étrangers, Poutine a la mauvaise habitude d’arriver en retard – parfois des heures en retard – mais il s’est présenté à l’heure pour ce président américain. Cela a fourni un bon début. Lors de sa conférence de presse post-sommet, le président russe a semblé faire tout son possible pour exprimer son respect pour Biden.

Cela dit, le succès de la réunion dépendra de ce qui se passera dans les mois à venir. Les responsables de l’administration Biden ont depuis janvier parlé de leur volonté de repousser et de tenir la Russie responsable des actions inacceptables en tandem avec leur volonté de coopérer là où les intérêts américains et russes convergent. Lors de sa conférence de presse distincte après la réunion, Biden a déclaré qu’il n’avait proféré aucune menace, mais qu’il avait dit à Poutine que l’ingérence dans la politique américaine et certaines cyberactions étaient interdites et provoqueraient une réponse américaine. En ce qui concerne ce dernier, il a fait allusion aux importantes capacités cybernétiques du gouvernement américain.

Lors de sa conférence de presse, le président Poutine n’a assumé aucune responsabilité pour l’ingérence dans la politique américaine ou les cyberattaques, mais personne ne s’attendait à ce qu’il le fasse. La grande question maintenant : le Kremlin continue-t-il ces activités ? Cela offrira une mesure permettant de juger du succès du sommet d’hier.

Le président Biden a déclaré que les États-Unis continueraient de s’exprimer sur la démocratie et les droits de l’homme, qualifiant cette partie de l’ADN américain. Il a notamment évoqué le cas de l’opposant au régime Alexeï Navalny, dont Poutine évite le nom, faisant plutôt référence à « l’homme en question ». Nous verrons ce qui se passe, mais le Kremlin considère que ce qui se passe à l’intérieur de la Russie n’est que l’affaire de la Russie. Poutine a détourné les questions sur la répression intérieure, en recourant à ses « whataboutisms » de marque. (Biden a rejeté la tentative du dirigeant russe d’assimiler les manifestations pour les droits démocratiques en Russie à l’assaut du 6 janvier contre le Capitole.)

Les deux présidents ont publié une seule déclaration conjointe, élaborée à l’avance, dans laquelle ils ont réitéré la formule de Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev selon laquelle « une guerre nucléaire ne peut être gagnée et ne doit jamais être menée ». La déclaration a noté leur accord pour lancer un « dialogue bilatéral intégré sur la stabilité stratégique… pour jeter les bases des futures mesures de contrôle des armements et de réduction des risques ». Biden a déclaré à la presse que lui et Poutine avaient discuté des prochaines étapes du contrôle des armements.

Washington et Moscou devraient engager prochainement le Dialogue stratégique sur la stabilité. Ce sont des discussions qui peuvent couvrir un large éventail de questions, y compris celles sur lesquelles une partie ou l’autre n’est peut-être pas prête à négocier. Le plus gros problème sera de savoir combien de temps il faudra aux responsables américains et russes pour élaborer le mandat (ou les mandats) pour des négociations spécifiques. Le secrétaire d’État Antony Blinken a évoqué l’intérêt des États-Unis pour une négociation qui couvrirait et limiterait toutes les armes nucléaires américaines et russes, stratégiques et non stratégiques – une suite logique au nouveau traité de réduction des armes stratégiques (New START). Sans nécessairement rejeter cela, les responsables russes se concentrent sur d’autres questions, notamment la défense antimissile et les armes de frappe conventionnelles à longue portée et à guidage de précision. Concilier les différentes priorités peut ne pas s’avérer simple.

Les présidents ont discuté des cyberactivités, sur lesquelles les parties ont convenu de mener des consultations bilatérales. Cependant, Washington et Moscou pourraient aborder ce dialogue avec des perspectives différentes sur ce qui constitue un « problème » cyber et sur la façon de le résoudre. Le fait que les deux parties utilisent et ont vraisemblablement l’intention de continuer à utiliser des moyens informatiques à des fins de collecte de renseignements ajoute une couche de complexité.

Biden et Poutine ont identifié d’autres questions – y compris l’Afghanistan, empêcher l’Iran d’acquérir des armes nucléaires, l’Arctique et le changement climatique – où les deux pays partagent sans doute des intérêts. Il reste à voir comment les discussions sur ces questions évoluent.

Les deux présidents ont abordé des questions difficiles, au premier rang desquelles le conflit entre la Russie et l’Ukraine. Biden a déclaré avoir communiqué le soutien américain à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Ils ont convenu que le processus de Minsk offre la voie à suivre pour régler le conflit latent dans le Donbass, bien qu’ils diffèrent clairement quant à la manière dont les accords de Minsk devraient être mis en œuvre.

Les présidents ont décidé que leurs ambassadeurs devraient retourner dans leurs ambassades respectives, une mesure sensée car le suivi de Genève nécessitera une bonne dose de diplomatie bilatérale.

Dans l’ensemble, les responsables de la Maison Blanche et le président devraient être satisfaits du mini-sommet en Suisse et de la conférence de presse de Biden. La réunion a accompli ce qu’ils avaient dit vouloir faire : définir quels comportements russes flagrants franchiraient les lignes rouges, déclenchant une réponse punitive, et identifier les domaines, en particulier liés à la stabilité stratégique, sur lesquels les États-Unis et la Russie pourraient coopérer. Le travail acharné consistant à tirer parti des discussions des présidents commencera sous peu. Cela déterminera, probablement dans des mois, si Genève peut être considérée comme un succès pour les intérêts américains.

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