Intégration du marxisme – Progrès en économie politique (PPE)

Une focalisation sur les relations internes sans référence à la dialectique. Hubris sur le rôle des entrepreneurs de normes sans recours aux intellectuels organiques. Théoriser sur l’État sans rencontrer le débat étatique capitaliste. C’est ainsi que la théorisation dominante en sciences politiques et en relations internationales (RI) et en économie politique internationale (IPE), en particulier, opère en réduisant au silence ses homologues marxistes plus radicaux. Cette pratique du silence a une longue histoire. Mon argumentation dans un nouvel article de Les affaires internationales est qu’un tel silence remonte à l’histoire même des origines des disciplines de l’IR et de l’IPE, que je révèle en relation avec les thèmes de la classe et de la race.

En 1936, Nikolai Boukharine publie un article dans la revue Affaires étrangères (anciennement le Journal du développement de la race) qui critiquait le « bavardage enfantin » des géopoliticiens de l’époque, principalement Rudolf Kjellen. Se concentrant sur les thèmes du territoire et de l’espace, Boukharine met l’accent sur la mobile perpétuel du militarisme comme forme particulière de concurrence capitaliste. À travers ses écrits plus larges sur l’impérialisme et l’économie mondiale, il est certainement significatif que Boukharine ait aussi explicitement articulé un théorie structurelle de l’anarchie formé par l’anarchie du marché mondial et ses parties constituées par des formes étatiques fusionnant ainsi l’accent mis sur la lutte militaire et l’accumulation de capital. Bien que Kenneth Waltz accorde le mérite à Boukharine d’avoir avancé la notion originale d’interdépendance, il est surprenant que la structure anarchique du capitalisme mondial soit réduite au silence dans la théorie structurelle de l’anarchie évidente dans Théorie de la politique internationale.

En 1937, CLR James publie l’un de ses nombreux classiques, Révolution mondiale, 1917-1936. Sur les turbulences de l’entre-deux-guerres, ce livre fut rapidement remplacé par Les Jacobins noirs (1938) et un volume qui deviendra Une histoire de la révolte panafricaine (1938). Dans Révolution mondiale, CLR James qualifie l’entre-deux-guerres de « vingt années les plus turbulentes de toute l’histoire ». Le célèbre classique d’EH Carr La crise de vingt ans a été initialement publié en 1939, mais les travaux antérieurs de James sur la révolution mondiale et la crise de vingt ans sont également passés sous silence par omission. Ceci malgré le fait que Carr ait passé en revue le livre précédent de James sur la révolution mondiale dans Les affaires internationalesen 1937, le résumant comme « un livre dogmatique et controversé, mais décidément utile, bien qu’il montre une foi plutôt pathétique dans le salut du monde par la « Quatrième Internationale » ».

Comment se fait-il que les idées de Nikolai Boukharine et de CLR James puissent être marginalisées et réduites au silence dans l’image de soi de la théorie internationale du milieu du siècle ?

Mon argument est que les conditions anarchiques de l’ordre mondial et les considérations de la révolution mondiale ont été intégrées au détriment des contributions à l’économie politique marxiste. En étendant l’approche méthodologique de la juxtaposition – inspirée de Juliet Hooker et Ian Bruff – j’explore les compréhensions concurrentes des ordres anarchiques chez Kenneth Waltz et Nikolai Bukharin pour dévoiler, dans ce dernier, une théorie de la structure anarchique du capitalisme mondial. Deuxièmement, la méthode de juxtaposition me permet d’attirer l’attention sur les profils parallèles d’EH Carr et de CLR James et sur leurs importantes compréhensions de la révolution mondiale pour révéler, dans cette dernière, les conditions négligées du capitalisme racial. D’une manière nouvelle, donc, mon approche juxtapose des figures clés qui ont été présentes (Waltz, Carr) et absentes (Bukharin, James) dans la compréhension de l’ordre mondial à travers la structure anarchique de l’économie mondiale et du capitalisme racial.

Dans Faire taire le passé, Michel-Rolph Trouillot soutient qu’il existe un ensemble particulier de silences qui définissent les récits de la théorie et de l’histoire. De plus, « des silences apparaissent dans les interstices des conflits entre les interprètes précédents » et il existe des traces qui révèlent aussi la création de tels silences. Les silences sont inhérents à la production de connaissances, à la fabrication d’archives et de documents historiques, à la récupération de faits et au pouvoir de produire une signification rétrospective. Mon argumentation cherche à souligner deux trajectoires coexistantes mais passées sous silence dans l’histoire de l’ordre mondial sur le capitalisme de classe et racial à travers les contributions de Nikolai Bukharin et CLR James. L’objectif est de détourner l’attention des perspectives dominantes de Kenneth Waltz et EH Carr vers les théoriciens marxistes qui ont été précédemment intégrés par ces cycles de silences.

Une boutade de Carr était que «les théories ont la vie dure et survivent souvent aux conditions dont elles sont issues». Mon point de vue est que ce point peut être jeté contre les théorisations de l’ordre mondial qui sont devenues dominantes au détriment des contributions exclues et réduites au silence. Ces deux théories inflexibles sont 1) la théorie anarchique de l’ordre mondial proposée par Waltz et 2) la voie vers l’économie politique et la révolution mondiale proposée par Carr lui-même. Ces deux approches de l’ordre mondial se sont généralisées au détriment des contributions à l’économie politique marxiste. Par conséquent, ces prises d’équilibre des pouvoirs peuvent être considérées comme des imitateurs de théoriciens critiques plus complexes, chez Boukharine et James.

Enfin, mon article se conclut par un ensemble plus large de réflexions à débattre. Plutôt que de toujours se tourner vers le courant dominant, et s’il y avait un moment matérialiste nécessairement historique dans nos engagements dans la théorisation internationale ? Qu’en est-il d’une véritable curiosité marxiste face à certains des angles morts existants dans l’IR et l’IPE ? Pouvons-nous dépasser la critique sous forme de parodie quand il s’agit du marxisme ? Et tout cela peut-il générer une ouverture de porte passer au marxisme, plutôt qu’à un gardiennage sortir du marxisme, notamment au sujet du capitalisme racial ?

Vous pourriez également aimer...