Le nouveau désordre mondial – WSJ

Une invasion russe de l’Ukraine serait un événement fondateur qui accélérerait le nouveau désordre mondial. Les signes se sont accumulés pendant des années, mais l’Amérique et ses alliés ne sont pas préparés, comme le sont généralement les démocraties, aux ennuis à venir. Le président Biden a notamment l’obligation d’expliquer les enjeux et d’unir le pays comme d’autres présidents l’ont fait pour relever le défi.

L’administration Biden a fait un travail d’arrière-garde décent en mobilisant l’Europe et l’OTAN contre les desseins de la Russie sur l’Ukraine, malgré sa bévue en abandonnant les sanctions de Nord Stream 2. Les alliés sont pour la plupart d’accord avec la promesse américaine de « conséquences massives » si la Russie envahit, bien que nous nous demandions combien de temps l’Allemagne, la France et l’Italie maintiendraient le cap. La faiblesse des sanctions occidentales après l’invasion russe de la Géorgie en 2008 et de la Crimée en 2014 a encouragé Vladimir Poutine à croire que l’Europe n’avait pas la volonté de résister avec quoi que ce soit de sérieux.

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Ce que M. Biden n’a pas fait, c’est expliquer aux Américains les nouveaux dangers mondiaux et ce qu’il faut faire pour protéger les intérêts américains. Le problème va bien au-delà de l’Ukraine. La Chine veut s’emparer de Taïwan et dominer le Pacifique occidental. Le nouveau condominium russo-chinois signifie qu’ils travailleront ensemble contre les intérêts américains. L’Iran est sur le point de se doter de l’arme nucléaire et les djihadistes sont loin d’être vaincus.

Les progrès technologiques et leur prolifération mettent également les Américains en danger, chez eux et à l’étranger. La cyberattaque contre le Colonial Pipeline l’année dernière n’était qu’une démonstration modeste des dommages qu’un acteur étranger peut infliger à la patrie américaine. Les armes hypersoniques et antisatellites pourraient anéantir les défenses américaines dans le monde entier en quelques minutes et avec peu ou pas d’avertissement. Imaginez un Pearl Harbor high-tech.

Rien de tout cela n’est alarmiste ou tiré par les cheveux pour quiconque y prête attention. Pourtant, la plupart des Américains semblent indifférents ou satisfaits des risques. C’est en partie le résultat de la fatigue des guerres en Irak et en Afghanistan. Les trois derniers présidents ont aussi nourri l’envie, à gauche comme à droite, de rentrer chez eux, l’Amérique.

Barack Obama a répondu docilement aux avances de M. Poutine et à celles de Pékin en mer de Chine méridionale. Donald Trump a pris une pose plus forte et a augmenté les dépenses de défense, mais il a également nourri l’illusion que les États-Unis pourraient se retirer du monde et rester en sécurité. M. Biden a surtout ignoré le monde lors de la campagne de 2020, et son retrait bâclé d’Afghanistan a convaincu ses adversaires, et même de nombreux alliés, que les États-Unis sont en retrait.

Mais la réalité finit par mordre, et maintenant elle le fait sous la surveillance de M. Biden. Les présidents doivent répondre au monde tel qu’il est, et non tel que leurs promesses de campagne voulaient qu’il soit. La question est de savoir s’il affrontera le moment comme l’ont fait ses prédécesseurs, ou s’il laissera le désordre s’étendre.

Sa première obligation est d’expliquer les dangers, pourquoi ils menacent les États-Unis et ce qu’il faut faire en réponse. Il ne s’agit pas seulement de droits de la personne et de démocratie—M. Les thèmes incontournables de Biden.

La propagation de l’agression et du désordre menace la liberté et la prospérité américaines. Personne n’est sur le point d’envahir la patrie, mais les cyberattaques pourraient paralyser des pans entiers de l’économie. Les alliés qui sont depuis longtemps à nos côtés pourraient se détourner et apaiser les nouveaux voyous. Les intérêts économiques américains seront menacés.

M. Biden devra également détourner l’attention de sa présidence de l’expansion de l’État-providence national vers l’amélioration de la sécurité nationale. Ses demandes de budget de défense devront augmenter substantiellement. Son assaut contre la production d’énergie américaine – un acte de masochisme stratégique et économique – devra cesser.

Il devra également faire beaucoup plus pour unir le pays. Cela signifie abandonner son approche partisane du gouvernement et les divisions polarisantes de la politique identitaire. Il a remporté la présidence sur le thème de l’unité nationale, et il n’a aucun espoir de le faire si son administration divise le pays par race, sexe et classe.

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Surtout, M. Biden devra construire des alliances bipartites sur la sécurité nationale, comme FDR et Harry Truman l’ont fait à d’autres moments charnières de l’histoire. Des forces isolationnistes émergent toujours lorsque le monde devient plus dangereux, dans l’espoir que les États-Unis puissent se cacher derrière une forteresse américaine. M. Biden devra trouver des alliés dans les deux parties pour vaincre cet appel des sirènes.

En 1940, Roosevelt nomma les républicains Henry Stimson secrétaire à la guerre et Frank Knox secrétaire à la Marine. Ils ont commencé à reconstruire les défenses américaines en prévision que le pays pourrait être entraîné dans les conflits qui faisaient alors rage en Europe et en Asie. Truman a travaillé avec Arthur Vandenberg, autrefois sénateur isolationniste du GOP, pour construire l’OTAN et combattre la guerre froide contre le communisme. M. Biden devrait amener les faucons du GOP dans les rangs supérieurs de son administration pour obtenir de meilleurs conseils et souligner les dangers à venir.

Rien de tout cela ne sera facile dans notre politique divisée, et il y a ceux qui pensent que M. Biden est trop faible et trop dépensé pour le faire. Mais vous faites face au désordre et découragez la guerre, avec le président que vous avez. M. Biden a encore trois ans à son mandat, et les voyous du monde n’attendront pas jusqu’en 2024 pour que les États-Unis se ressaisissent.

Alors que davantage de troupes américaines arrivent en Europe de l’Est, l’OTAN a renforcé ses positions défensives autour de l’Ukraine, tandis que Moscou a été avertie que l’accord sur le gazoduc Nord Stream 2 serait annulé en cas d’invasion. Images : AFP/Getty Images/Reuters Composite : Mark Kelly

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