Le président turc Recep Tayyip Erdogan
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Présidence turque/Zuma Press
La Turquie organisera des élections nationales cet été et l’inflation annuelle a atteint un sommet en 24 ans de 85,5 % cet automne. Le président Recep Tayyip Erdoğan doit s’inquiéter si la décision de cette semaine contre une figure de proue de l’opposition est une indication.
Mercredi, un tribunal a condamné le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoğlu, pour un faux discours. La peine est de plus de deux ans et demi de prison, bien que M. Imamoğlu n’ait pas été arrêté et ne puisse pas purger sa peine en vertu d’une bizarrerie de la loi turque. Mais la décision disqualifie M. Imamoğlu d’occuper ou de se présenter à des fonctions politiques, ce qui peut être le point.
En cause, les commentaires de M. Imamoğlu concernant l’élection du maire du 31 mars 2019, lorsqu’il a battu de justesse le candidat préféré de M. Erdoğan. Le Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdoğan a contesté les résultats et le Conseil électoral suprême a annulé le vote et convoqué de nouvelles élections. Le ministre de l’Intérieur Süleyman Soylu a critiqué M. Imamoğlu comme « l’imbécile qui se plaint de la Turquie au Parlement européen ».
M. Imamoğlu a répliqué que « ce sont ceux qui ont annulé les élections du 31 mars qui sont les imbéciles ». Les procureurs affirment maintenant que sa réplique a violé l’interdiction de la Turquie d’insulter des fonctionnaires dans le cadre de leurs fonctions publiques. Les électeurs d’Istanbul étaient apparemment d’accord avec M. Imamoğlu, et dans une réprimande au parti au pouvoir, ils lui ont donné une victoire écrasante lors des élections de juin.
Devenir maire d’Istanbul est souvent un chemin vers de plus hautes fonctions en Turquie, comme le sait M. Erdoğan. Il a remporté le poste en 1994, avant son règne de près de 20 ans en tant que Premier ministre puis président. Des sondages récents suggèrent que M. Imamoğlu serait compétitif contre M. Erdoğan lors des élections de l’année prochaine.
M. Imamoğlu, qui envisage de faire appel de la décision de cette semaine, a déclaré lors d’un rassemblement mercredi que « cette décision est l’expression la plus concrète du fait que le système judiciaire a été transformé en un instrument pour punir les dissidents ». Reuters rapporte que jeudi, des « milliers » à Istanbul ont protesté contre la décision et scandé des slogans contre l’AKP.
M. Erdoğan pourrait se révéler idiot si ce verdict politique se retourne contre lui.
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